Notre dernier muster !

C’était il y a un mois déjà, notre dernier muster [regroupement] avec Joe. Notre dernière dose d’adrénaline à conduire nos buggys à travers le bush, à avoir les hélicoptères volant au dessus de nos têtes et les pilotes balançant des consignes depuis leurs radios, à poursuivre ces taureaux sauvages  afin de les conduire aux enclos.

Etant donné que c’était le dernier, on a forcément fait le nécessaire pour rester dans l’histoire, que l’on ne nous oublie pas trop vite ! Lors du muster, il y a des accidents, buggys et 4×4 souffrent du terrain hors piste composé de successions de crevasses, trous, rochers en tout genre. Certains véhicules ne finissent pas les muster. Ce mercredi, ce fût mémorable !

Avec Joe, on s’était d’abord échauffé tout doucement dès le mardi en fin d’après-midi afin d’être fin prêts le lendemain !
Sous cette chaleur harassante, nous avions arrêté plus tôt, vers 16h00 et avions ouvert notre première bière en compagnie de Bryan, notre manager. C’est ça quand on brasse 320 Litres de bière en 4 mois, ils passent forcément quelques part …

Peu de temps après, a débarqué, Justin. Pour la première fois, il était un des pilotes pour le muster. Un grand type d’une trentaine d’années, plutôt beau gosse qui nous a joué de la guitare. Comme si ça suffisait pas d’être pilote d’hélicoptère …
Justin était super cool, originaire de Tasmanie, il avait quitté un certain patelin dans le Queensland, l’année précédente, avant d’arriver dans le Pilbara, dans le Western Australia.
Le patelin en question, forcément, je le connais bien puisqu’il était basé à Richmond ; et qu’il connaissait … Mount Norman Station, où il avait une fois fait un job pour Edgar ! Dans cette vaste étendue de rien du tout qu’est l’outback en Australie, à probablement  3 ou 4 000 kms de là, j’ai rencontré un local avec qui j’avais une connaissance commune, et par n’importe laquelle, puisque c’est Edgar, qui vit seul dans son ranch au milieu du bush avec ses vaches, à 2h00 de la ville ! Incroyable Australie !

Ensuite, Jason, notre pilote habituel est arrivé. Sa compagne, Niffy, qui était notre pilote les fois précédentes, avec Jason, était sur un autre job, et on l’a donc ratée pour le dernier job, malheureusement.

Peu de temps après, sont arrivés deux fermiers et amis des frères Kennedy, les propriétaires de Roy Hill. Une fine et joyeuse bande de 14 lurons aux mains lestes réunis ensemble pour la soirée. On a passé un moment super agréable, très convivial avec beaucoup de rires, et beaucoup de bières !

Le lendemain matin, c’était une tout autre histoire. J’étais un zombie, le pire d’entre tous. Au petit déjeuner Bryan en regardant mes petits yeux rouges avec d’immenses cernes, me glisse que j’ai dû passer une bonne et longue soirée. Pas faux.

Par chance, avant d’arriver au point de départ du muster ou mon buggy prêt m’attend déjà, nous avions un peu plus d’une heure de route, j’en avais profité pour m’allonger et fermer les yeux.
Et puis après, nous avions patienté, j’étais en toute petite forme, mais mon état s’améliorait lentement tandis que j’essayais d’avaler des litres et des litres d’eau. Joe, lui, c’était l’inverse, il se sentait de plus en plus mal tout au long de la journée.
Et puis, c’était parti, Jason et Justin passaient le mot sur les radios, ils avaient besoin de nous !

Joe et moi avions été appelés les premiers, on devait suivre la piste jusqu’à atteindre un lit de rivière asséchée que le troupeau remontait. Les pilotes nous balançaient les consignes depuis les talkies-walkies, et comme à chaque fois, on n’était jamais vraiment sûr de ce qu’il fallait faire.
Faut dire que pour les comprendre avec le bruit de leurs hélicoptères quand ils causent, et nous le boucan de nos buggys, faut se lever de bonne heure. On restait donc  pas très loin l’un de l’autre, jusqu’à ce que l’on entende enfin Jason nous dire de nous placer de chaque côté de la rivière afin de s’assurer qu’aucun animal ne reste derrière.
Je quitte la piste et m’enfonce dans la végétation et les plaines rocailleuses. Quelques minutes après, je pouvais entendre Joe à la radio demandé assistance car il ne savait pas où il était et ne parvenait pas à retrouver son chemin car nous étions entourés de grands arbres.
Je l’avais retrouvé derrière moi, puis ensuite, il avait de nouveau disparu. Sauf que cette fois-ci, il était au bon endroit, et j’étais paumé. Après les consignes de Jason, j’avais traversé la rivière à une jonction avec une autre, et le temps que je prenne soin de traverser sans trop défoncer mon buggy, le troupeau et Joe était déjà éloigné.

Après un appel au secours à la radio, Justin, m’avait redirigé, et j’avais retrouvé Joe avec qui on avait conduit le troupeau jusque Bryan et les autres qui attendaient d’accueillir le groupe au creux de plaines.
Les animaux de tête couraient déjà dans leurs bras tandis que l’on s’occupait des derniers animaux à l’arrière. Nous ne pouvions pas voir ce qu’il se passait à l’avant, mais nous pouvions entendre Bryan gueuler après les autres parce que le groupe d’animaux qui arrivait n’était pas sous contrôle et risquait de s’échapper. Réceptionner le troupeau est une des parties sensibles et très stressantes, mais ça c’est finalement fait, ou pas vraiment, car le troupeau ne s’était pas arrêté et on l’a simplement redirigé dans la bonne direction.

Ensuite, les voitures se dispatchent autour, et chacun s’occupe de son côté. Avec une personne en moins et trois nouveaux pas encore sûrs d’eux car ils avaient été catastrophiques la semaine précédente, nous avions été bien occupés et avons dû couvrir beaucoup de distance pour assurer leurs arrières.

Imaginez un taureau qui s’écarte du troupeau sur la droite et menace de s’échapper. Il faut donc, rapidement, venir près de lui pour le repousser avec les autres. Entre lui et vous, des centaines de mètres à travers un champs qui semble avoir été bombardé à coup d’obus tellement il est troué.
J’avais donc foncé, martyrisant mon buggy sans trop avoir le choix, ralentissant pour certains trous que je pouvais voir, et fracassant ma voiture pour ceux que je ratais. Ainsi pour plusieurs heures, jusqu’à ce que l’on regroupasse avec succès les animaux dans les enclos, sans pour autant avoir eu la tâche facile. Ce fût hyper excitant, stressant, de nombreuses fois, nous étions à deux doigts de perdre la totalité du troupeau, mais en fonçant à temps pour remettre les animaux dans le sens de la marche, le job était accompli. Non sans perte.

Le 4×4 de Julia avait perdu un des axes qui maintient l’essieu à l’arrière, Bryan, avec un pneu crevé, ne pouvait plus éteindre son moteur qui faisait un bruit terrifiant, et mon buggy avait une fuite d’huile. Ayant crashé mes suspensions avant droites pour la seconde fois la semaine suivante, j’avais cette fois-ci le moteur qui était tombé d’un cran, perçant mon réservoir d’huile.  Aoutch !

Bref tout ça, n’était que routine, sauf que l’on devait y retourner juste après afin de conduire au même endroit un second troupeau.
C’était avec deux voitures de moins, que l’on s’était donc élancé dans cette seconde mi-temps.

J’étais co-pilote de Tony qui n’était pas à l’aise au volant. Après plusieurs minutes à patienter, voilà les hélicos qui surgissaient poussant le troupeau vers nous, et … rebelote …
Impossible de les stopper, après cinq minutes à tourner autour, nous voilà avec un pneu crevé, tandis que les autres se retrouvaient à trois voitures. Lorsque que l’on a avait finalement rejoint les autres devant les enclos, nous avions surgi du sommet d’une colline et admiré le spectacle.
Il n’y avait plus de troupeau de former, chacun chassant des petits groupes d’animaux pour essayer de les diriger quelque part, les pilotes volant en cercle tentant d’être partout à la fois. Des vaches, veaux et taureaux courant partout !

On a donc foncé avec Tony pour tenter d’aider, je donnais les consignes, “right, left, faster, push him, well done ! That’s the spirit !”, et Jason au-dessus de notre tête, balayant les airs en rase motte pour nous supporter. C’était incroyable et à un certain point, nous avions réussi, en limitant les pertes, à fermer les enclos.
Bryan, rouge, hyper stressé qui nous dit qu’il est passé près de la crise cardiaque, tandis que nous célébrions ce dernier moment, et tombions d’accord avec Jason et Joe :

It was good fun hey ! Bloody awesome, what a fucking mess at the end !”.

C’était une scène digne du film Apocalypse Now ! Il nous manquait juste quelques explosions et jeux de fumée pour compléter le tableau !

Les gens paieraient pour faire ça, c’était notre job !


Musique : Ringers from the Top End – Slim Dusty

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