Dans les pas des prisonniers de Cebu

Par où commencer … J’ai été stupéfait, ébahi ! C’était complètement incroyable, en dehors de toute réalité ! Connaissez-vous le Cebu Provincial Detention & Rehabilitation Center (CPDRC) aux Philippines ? Je les ai découvert sur Youtube vendredi, et je les ai rencontré, et vu de mes propres yeux le lendemain, samedi 27 Février 2016.  Approchez et accrochez-vous que je vous raconte.
Premiers pas en prison

L’archipel des Philippines est archi célèbre pour ses îles paradisiaques aux plages de sable blanc ou d’or, ses eaux pures à la riche vie marine, où l’on peut nager avec des bancs de sardines immenses ou des requins baleine, entre autres.
Mais voilà, j’ai quitté tout ça. Me voilà à Cebu, capitale de la Province Central Visayas aux Philippines, en compagnie de Hannah et Harriet originaires d’Angleterre ; nous sommes derrière les barreaux depuis plus d’une heure.
Cependant, pas n’importe où, puisque nous sommes dans le centre de détention de Cebu, la prison la plus cool et la plus avant gardiste – sans mauvais jeu de mot – du monde depuis une certaine vidéo aux millions de vues sur Youtube.

Un peu plus tôt, nous sommes arrivés en provenance du port, nous transportons donc nos gros sacs à dos avec toutes nos affaires. Devant la prison, familles et amis venus rendre visite à un proche font la queue. Nous doublons tout le monde comme indiqué et obtenons un collier avec un numéro. Après avoir patienter quelques heures les portes s’ouvrent enfin.

Un gardien me scanne à peine, ne vérifie pas mes poches, et je le dépasse pour déposer mes deux sacs, emportant uniquement mon appareil photo avec moi. Un coup de tampon sur le poignet et me voilà sur un balcon grillagé, un type arpentant les lieux avec un fusil d’assaut parmi les nombreux touristes et curieux présents, dont certains arborent les couleurs et T-shirts de la prison en vente plus bas.

En contrebas dans la cour, les locataires des lieux, en tenues orange pour la grande majorité, sont amassés au-dessous des préaux, et restent … à l’ombre. Des enfants jouent ensemble au milieu pendant que des femmes prennent place sur des bancs, des allées et venues de certains détenus, ou pas, ce n’est parfois pas si facile de deviner, un chat errant dans la cour trouvera un endroit où se faufiler pour se faire la malle, puis soudain, l’énorme enceinte d’où provient un fond de musique vibre enfin, tout le monde s’active et se met en position. Le speaker fait son introduction, et c’est parti ! La musique commence, et les prisonniers … dansent !

Une idée avant gardiste

Imaginez ma stupéfaction ! Bien qu’ayant connaissance de ce qui allait se produire, comment ne pas rester bouche bée devant des centaines de détenus, vêtus d’uniformes oranges du camp, cranes rasés, silhouettes athlétiques, tatouages sur le corps, arborant tous les stéréotypes des bad boy aux airs machos, se dandinant dans la cour d’une prison sur du Miss Elliott et PSY ?

Complètement irréel, expérience exceptionnellement hors norme, tout à fait génialissime ! Le spectacle a duré une bonne heure, et pour continuer dans l’irrationalité la plus totale, on nous a invité à descendre dans la court pour rejoindre les ‘inmates’, les prisonniers. Moi, qui fréquente rarement les boîtes de nuit, pas trop amateur de danse, je me retrouve dans une cour de prison dans une chorégraphie géante avec des centaines de personnes, dont des détenus du centre de réhabilitation.

Ni une ni deux, Harriet est en route, Hannah hésitante, nous rejoindra finalement, pour participer à une dernière chorégraphie dans la cour d’une prison bondée, devenu l’espace d’un moment, une scène de spectacle, une fenêtre ouverte vers le monde extérieur, un promontoire de mixité social, un échappatoire vers la réussite, une chance de faire table rase avec ses démons du passé, pour goûter au succès et à la réussite acquièrent au passage l’enseignement que le travail et les efforts payent.

Les chorégraphies du jour en vidéo :

 Critiques et problématiques

Pour terminer brièvement, je soulignerai d’abord que le directeur de la prison, Byron Garcia, a mis en place des routines au sein de la prison en 2007. D’abord, des marches synchronisées au rythme de tambours, et puis ensuite, des chorégraphies sur de la musique pop.
Lorsque j’ai visionné la première vidéo le vendredi, j’ai d’abord ri aux éclats, puis me suis tut. La chorégraphie avait des airs de propagande Nord coréenne à mon goût, insinuant donc par là, que ces joyeux détenus danseurs n’avaient sûrement pas le choix d’être présent ou non. Telle fût ma première pensée, et je fus également gêné en débarquant dans une prison avec le statut de touriste, pour admirer les hommes qui y sont enfermés. 

Cependant, comme décrit ci-dessus et comme vous l’aurez compris au vu de tous les superlatifs, c’était complètement irréel, et surtout, ça semblait sincère. Le temps des chorégraphies, mes doutes étaient estompés, j’ai été tétanisé devant l’ampleur de la chose. Maintenant, j’écris ces quelques lignes, et ai donc entamé mes recherches pour en découvrir plus. Je ne suis pas le seul, forcément, à avoir imaginer des travaux forcés, des ONG se sont déjà plaintes des traitements réservés aux prisonniers qui ne dansent pas …
Le directeur de la prison est resté ferme sur ses idées, affirmant que c’était un moyen humain de réhabilitation. La vidéo de présentation du programme CPDRC Inmates dont les paroles de la chanson présentent et vantent le programme pourrait être montée toutes pièces, comme n’importe quel outil de propagande.

Faute d’investigations, d’informations, et pour avoir assisté aux chorégraphies, je chasse mes idées négatives de non-respect des droits de l’Homme, et porte à croire, pour ma part, en cette idée novatrice, redonnant motivation et rêves, ainsi qu’un sentiment d’unité et d’appartenance à un groupe social, dont le rythme de la musique guide les pas de ces hommes vers de nouveaux horizons.

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