Dernière ligne droite vers Luang Prabang

Après une nouvelle fin de journée compliquée la veille, très vite je dois m’arrêter chez plusieurs mécanos, je sens que quelque chose cloche sur la moto qui n’a plus de puissance, en côtes notamment. Je suis obligé de rétrograder en première et de me contenter d’un pauvre 20km/h, à peine. On me dira que non, tout est normal.
Je me traîne donc, suis obligé de changer la chambre à air de ma roue arrière qui a encore crevée, je fais le plein et me remets en route pour le poste de frontière. Une fois les 80 kms avalés tant bien que mal, il est 12h10. Forcément, c’est la pause déjeuner jusque 13h30. J’attends, mais j’y suis de nouveau, la frontière Lao !

Deux douaniers passent en scooter devant moi tout sourire, ils reviennent au bureau. Il est finalement l’heure de s’avancer et d’aller se faire extorquer quelques dollars.
Je me retrouve dans un premier bâtiment, on vérifie mon passeport, et l’on m’envoie dans un second bureau. Je patiente. Un bus avec un groupe de vietnamiens est arrivé peu de temps avant moi. On me tamponne finalement mon passeport, je peux quitter le Vietnam. Je suis supposé retourner dans le premier bureau, je sais très bien pour quelle raison. Je continue mon chemin vers ma moto sans m’arrêter, mais cinq douaniers, glandant adossés sur une barrière me bloquent la route et m’indiquent de rentrer dans le bureau.

200 000 VTD, soit 9 $ est le prix du pot de vin à payer pour franchir la frontière avec la moto. Je paye, et on me tend un joli papier, sur lequel ne figure aucun prix, bien entendu. C’est toujours mieux que les 45 $ de Dien Bien Phu … Je pousse la moto de l’autre côté de la barrière, démarre et vais me garer devant le bureau d’immigration du Laos cette fois-ci. Je remplis les papiers, donne une photo d’identité, paye 40 $ au lieu de 30 $ pour le visa, et un supplément de 3 $, de charges administratives, pour le document que l’on me fournit du fait de la moto …
Me voilà au Laos, et je ferai une nuit étape 85 kms plus tard.

Le lendemain matin je décide de dormir quelques heures en plus en décollant vers 8h00. Il fait froid et il y a de la brume, ça se met à grimper très tôt. A peine sortie de la ville, je longe le pic rocheux sur ma droite, et dans un virage je tombe nez à nez avec une voiture qui roule à gauche. Je n’ai pas la place de passer, je dois aller tout droit pour l’éviter. Je peux tourner et entamer mon virage qu’au dernier moment lorsque la voiture est passée, mais c’est déjà trop tard. Ma roue avant se retrouve dans l’épaisse couche de gravier qui sert de bordure avant le fossé et le mur de la falaise. J’essaye de donner une nouvelle direction à la moto, je freine, je glisse, je me ramasse en beauté. La voiture ralentie en sortie de virage, je me relève lentement, et le conducteur réaccélère pour disparaitre. Enfoiré. J’ai la jambe gauche en sang, mon genou est bien esquinté, je boite. Aussi, le sang coule le long de ma manche, mon coude a pris un coup, mais tout bouge, douloureusement. Le boîtier de mon feu s’est brisé, le clignotant est cassé, la chaîne a sauté. Heureusement, un Lao passe en scooter et me regarde tout étonné, je lui fais signe de s’arrêter. Pas en état de m’amuser à essayer de remettre ma chaîne sans outil, j’ai grand besoin d’aide.
Il me remet la moto d’aplomb en quelques secondes, pointe mon genou du doigt. Je le remercie, et m’en vais peu de temps après lui. Je sens que la moto a pris un sale coup, elle tient moins bien la route. Merde. Je décide de continuer, et de faire ma grosse journée de moto tout de même. Je me soignerai plus tard.
Sur le chemin les locaux regardent mon genou, grimacent ou sourient, c’est selon. Je rencontrerai un attroupement de Laos autour d’un camion en vrac sur le versant de la montagne, un bouchon sur une route de montagne causé par un camion en panne au milieu de la route, puis en milieu d’après midi, je m’arrêterai chez le garagiste, enfin. Il me bricole mon feu, s’assure qu’il fonctionne, change mon huile, gonfle mes pneus, sa femme me propose de me réparer moi en me proposant de la bétadine, que je refuse. Puis, il est de temps de se remettre en route. L’emmerdeuse et moi sommes prêts à repartir.

Peu avant 17h00, j’atteins finalement la dernière ligne droite vers Luang Prabang. Je suis à l’intersection d’une piste de terre rouge à une soixantaine de kms du prochain patelin où je pourrais passer la nuit. Ou bien, je suis à 24 kms d’une ville qui n’est pas sur ma route. Je sais que je le regretterai dans quelques heures, mais tant pis,  je serai content le lendemain matin en ayant bien progressé vers Luang Prabang ; je me jette à l’eau, je prends la piste.

La piste rouge serpentant sur le sommet des montagnes tandis que le soleil se couche offre un superbe spectacle. La route sinueuse se compose de grandes descentes et d’espaces ouverts où je traverse des villages isolés de temps en temps. Parfois, la piste est très ensablée, en côte je me vois obligé de patiner en même temps que j’accélère sous les rires et sourires des locaux. La nuit approche et malgré mon bon rythme, il me reste une heure de route avant ma ville étape d’après des villageois qui se sont attroupés autour de moi alors que je fais un dernier plein d’essence.

Après une longue côte, je fais une courte pause pour profiter de la vue et prendre une photo de la dite piste rouge. Au moment de repartir, ma moto ne démarre plus. J’ai pourtant changé la batterie quelques jours auparavant. Je lance la moto dans la descente que je viens de grimper pour la démarrer, et reprend la route une fois fait. Plus question de stopper le moteur maintenant. Je roule, et roule, et roule. Je croise moins de monde, la visibilité se fait moindre, jusqu’à ce que je doive allumer mon feu. Pas pour longtemps. La lumière de mon feu pâlit lentement avant de disparaitre complètement. J’allumerai mon clignotant afin d’être visible et d’avoir un léger éclairage, mais tout comme mon feu, la lumière s’évaporera dans la nuit noire.
Me voici donc tout seul sur la dernière ligne droite au sommet des montagnes sur une piste de sable où quelques cailloux et rochers surprises s’invitent de temps à autre. La fin du trajet est plaisante …
Heureusement, la quasi pleine lune est du bon côté de la montagne et m’éclaire grandement. Désormais, j’entame une longue descente vers la vallée, vers ma ville étape pour la nuit. Dans un petit village, en détresse, je me renseigne sur la distance à parcourir. Je ne suis plus très loin me dit-on, courage. Je continue ma folle descente, croise les pleins phares de quelques  4×4 puis, enfin, des lumières. Je suis dans une petite ville, où je dois trouver une chambre pour la nuit. Il est 20h00 lorsque je me présente à l’auberge. Deux jeunes femmes hilares devant une petite fille me disant des « No no no no no no ! » me font des gestes vagues pour aller voir ailleurs. Je commence à m’agacer. Il n’y a pas de chambre disponible dans la seule guesthouse du patelin et on me dit de partir sans même essayer de me filer un coup de main. Il faut que j’insiste lourdement et longuement pour que l’une d’elles daigne sortir et me montrer où m’adresser pour trouver un endroit où dormir.

La rue est composée de maisons qui font également offices de boutiques ou de petits restaurants. Je prends la direction indiquée et par signes, fait comprendre que je cherche un endroit où dormir, « Homestay ? », dis-je. Des réponses négatives à tous les endroits où on me redirige. Après cinq essais, je retourne à l’auberge, ce qui ne ravit pas les deux jeunes femmes. J’ai droit à de nouveaux « No no no no no no ! » de la gamine et aux rires des deux autres. Ca me tape gentiment sur le système. Une journée qui finit aussi mal qu’elle avait commencée.

Je monte la voix et parle vite afin de leur faire comprendre que je n’ai pas vraiment envie de plaisanter. Je demande si je peux rester devant, sur le parvis de l’auberge, sans faire l’effort de me comprendre on me dit non et d’aller voir ailleurs. Encore. Finalement une femme qui parle anglais passe, s’adresse aux deux autres, puis les fait taire. Je lui demande la permission de squatter le sol de son parking, elle hésite, refuse, je lui dis que je ne peux aller nul part de toute manière, ma moto ne démarre plus. Je joins la parole au geste en lui montrant qu’il ne se passe rien lorsque j’essaye de démarrer la moto. Elle finit par accepter, si ça ne me dérange pas de dormir sur le sol, dehors. Je veux juste fermer mes yeux pendant qu’il fait nuit, ça me va, même si un goût amer me restera en travers de la gorge quelque temps quant à l’hospitalité de cet endroit. Je fais un tour dans le village, attrape un petit quelque chose à boire et à manger, puis rejoins mes quartiers. Au sol, à côté de la moto, j’aménage mon espace comme je peux avec mes sacs et ma veste. Il se met à pleuvoir au cours de la nuit, je déménage sous le toit de la terrasse, sans demander permission à quiconque ; pourvu que l’on ne me fasse pas un scandale …

Forcément le bitume n’est pas confortable, je me réveille toutes les heures mais ça a au moins le mérite de reposer mes paupières. Enfin, 5h00, l’heure du départ que j’attendais avec grande impatience. Je pousse la moto dans la côte de la rue principale, l’enfourche, et la démarre en descendant, faisant route vers Luang Prabang et un ciel plus favorable.

Par chance la piste se terminera par une belle route goudronnée me permettant d’arriver dégueulasse, sur ma moto toute crasseuse, mais triomphant à Luang Prabang pour le petit déjeuner. Finalement, j’aurais bien roulé et plié les 475 kms depuis la frontière grâce à une grosse journée de route plus 7 heures effectuées sur deux jours différents. En ajoutant les 500 kms de détour que j’ai dû faire au Vietnam, j’ai perdu du temps sur mon calendrier et me suis contenté de rouler en m’arrêtant moins souvent sur ces derniers 975 kms, en 4 jours.

                                                                                                                                           FIN
                                                                                                  (3/3 de mon voyage vers Luang Prabang !)

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