Le café

Après quelques heures de route depuis Yogyakarta, mes trois mates australiens – Shubash, Andrew, Zafar – et moi-même, arrivons à Sri Gethut où se trouve des chutes d’eau.
Site prisé par les locaux, et abandonnés par les touristes étrangers du fait de la distance : 80kms. C’est bibi qui s’est tapé la conduite pendant les 3 jours à Yogyakarta – après avoir conduit en Indonésie, il ne me faudrait pas longtemps pour perdre mon permis en France ! Ici, si tu ne t’imposes pas, tu ne passes pas donc les priorités et les feux tricolores, ce sont des options !Sur le chemin du retour au parking, les trois mousquetaires stoppent pour boire une noix de coco chaude … tandis que moi, avec mes petits yeux épuisés par les réveils très matinaux afin d’admirer les levers du soleil, les nuits de voyages en train ou bus, et dernièrement les heures éreintantes dans la jungle urbaine indonésienne, j’opte pour un café ; histoire de me remonter.

Une petite femme âgée toute frêle se tient dans une échoppe indonésienne typique : un étalage de boissons avec les fraiches dans une glacière, quelques fruits et autres sucreries, les sachets de café instantané et quelques tuniques colorés.
Je me renseigne en indonésien :
-Kopi ?
-Ya, entendis-je.
-Dark kopi ? Bah oui je mélange, vous ne croyiez pas que j’allais faire toute la conversation si je n’utilise qu’un mot ?!

Après des hochements de tête, la petite femme m’invite à m’asseoir sur l’un des deux bancs de chaque côté de la table à l’intérieur de son échoppe.
Terima kasih, remerciai-je.

Fort et sucré, parfait, tout ce dont j’ai besoin. Pendant que je me réveille tout doucement, timidement, assise sur un banc le long d’un des murs, à moitié devant l’échoppe, à moitié dedans, mon hôte m’adresse la parole en indonésien, lentement. Je comprends qu’elle me demande comment est le café :
Bagus, bagus. Good, thank you.

Et puis on continue ainsi pendant un bon quart d’heure, à l’aide de mots simples, de beaucoup de gestes, j’apprends des nouveaux mots, et je fais connaissance de Sutim (dont j’écorche probablement le prénom avec la mauvaise orthographe).
Sutim vit dans ce petit village à l’écart de la capitale de la région, Yogyakarta. Elle tient sa petite échoppe, et vit ainsi en vendant des bricoles aux visiteurs.
Peu après lui avoir appris que je n’étais pas seul aujourd’hui, je confis mon sac photo à Sutim, et pars chercher mes trois compères que j’ai perdu de vue.

On s’arrête tous ensemble, et je présente la petite bande à ma bienfaitrice. L’envie me taraude de la prendre en photo, et d’essayer de faire un joli portrait, chose que je ne fais jamais.
Voyant notre complicité, Andrew sera le premier à proposer de nous prendre en photo, Sutim et moi.
La vieille femme, remet son foulard correctement et se place à côté de moi, puis éclate de rire lorsque je me mets à sa hauteur et passe mon bras au-dessus de ses épaules. Les tenants des échoppes voisines sont sortis, ris de bon coeur et tous dialoguent en indonésien, sans que nous n’ayons un indice de ce qu’il se dit.
Puis, Andrew nous montre la photo, et Sutim en la voyant, pouffe de rire, puis son sourire, sans s’estomper, tique. Je vois qu’elle a vu sur la photo que son foulard est troué et donc elle asticote le bout de son foulard avec ses mains tout en regardant la photo.

Enfin, il a fallu nous mettre en route. J’ai chaleureusement serré les mains de Sutim qui en a fait de même, et l’on a continuité notre marche vers la voiture. Subash et Zafar font une halte pour prier au mausolée avant de partir. Avant qu’il ne se dirige vers les toilettes, j’avoue à Andrew, que j’aurais bien aimé faire un portrait de cette vieille dame. Mon ami australien me pousse à y retourner, et ni une ni deux, je retrouve Sutim qui m’accueille avec des yeux tout ronds pensant que j’ai oublié quelque chose.
Je lui fais comprendre que j’aimerais prendre une photo, et à elle de se prendre au en me singeant le cadrage qu’elle veut !

Ce que je redoutais est arrivé, j’ai totalement raté dans la précipitation, et ma photo ne lui fait pas du tout honneur.
Quoiqu’il en soit, après avoir dévoilé la photo, j’échange mes coordonnées sur un petit bout de papier, puis elle me demande quand je reviendrai. Le coeur gros, j’explique que je continue mon voyage en allant à Jakarta bientôt, puis en Malaisie ensuite. Soudainement, elle me prend dans ses bras et glisse un « Hati hati », qui signifie fais attention en indonésien. Les yeux humides je la remercie chaleureusement, encore. Souriante et émue, elle me fait signe glissant quelques hati supplémentaires, tandis que j’entame ma remontée, les yeux embués de larmes, forcément.

Une belle rencontre

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